Les femmes et le networking

Les femmes ont moins de réseau que les hommes.

Comment y remédier ?

 

Par Laetitia Vitaud

 

Alors que nos carrières sont moins linéaires et que nous opérons davantage de transitions professionnelles, il devient de plus en plus critique de développer de solides réseaux de relations tout au long de la vie. Pour s’inspirer de modèles, bénéficier de l’entraide et de toutes les opportunités professionnelles (embauche, contrat de prestation, partenariat), rien ne compte plus que le réseau ! Par exemple, un quart des recrutements se font par cooptation — jusqu’à 70% dans les professions les plus qualifiées — c’est-à-dire via la recommandation d’un ancien collègue, d’une cousine, d’un ami ou d’une voisine.

Or, en matière de réseau, l’écart femmes-hommes est considérable. Les Anglo-Saxons appellent cet écart le “network gap”. Il a des conséquences dommageables sur la carrière des femmes. Il est courant que les entreprises passent à côté de certaines des meilleures candidates, celles qui ont les bonnes compétences mais pas les bonnes relations. Pour le réseau LinkedIn qui a bien documenté le phénomène, il s’agit d’un problème majeur qui freine les femmes de manière disproportionnée. Selon leurs données, les Françaises ont un réseau 21% moins solide que leurs homologues masculins (mais elles chercheraient activement à combler cet écart car elles sont plus nombreuses à suivre les ateliers de networking proposés par la plateforme).

Pourquoi les femmes ne répliquent-elles pas aussi bien dans la vie professionnelle ce qu’elles font dans la vie personnelle : nouer des liens et aider les autres ? On leur a appris à être des créatures sociales et à chercher à préserver l’harmonie du groupe. Ce qu’on appelle la charge émotionnelle ne concerne pas uniquement le couple : c’est fondamentalement une charge de réseau et elle est majoritairement portée par les femmes. Dans la vie privée, elles se donnent beaucoup de mal pour aider leurs proches (y compris en leur recommandant l’aide de tierces personnes). Mais dès qu’il s’agit de réseaux professionnels, elles sont étonnamment à la traîne.

Dans le monde des affaires, ce sont les hommes qui sont les rois du networking. Ils assistent à plus d’événements professionnels et d’afterworks. À bien des égards, l’usage différencié des réseaux numériques et physiques reflète la différence de poids entre le travail et les charges familiales et domestiques.

 

Alors comment expliquer cet écart et comment y remédier ?

3 freins qui empêchent les femmes de bien réseauter au travail

 

1/ Les femmes ont moins de temps à consacrer au networking

Sans surprise, la double journée de travail, l’aidance et les multiples charges de travail gratuit pèsent sur la capacité des femmes à investir davantage les réseaux professionnels. Quand elles ont des jeunes enfants, il leur est plus compliqué de se rendre aux afterworks, par exemple. Elles se sentent davantage coupables de consacrer du temps à quelque chose qui ne semble pas immédiatement productif. Le réseautage, surtout s’il s’agit de papoter avec les collègues autour d’un verre, cela ne ressemble pas à du travail. C’est même trop plaisant pour être honnête : ne serait-il pas plus logique de faire plus de vrai travail à la place ? nous demandons-nous parfois. Cela fait écrire à une coach qu’il faudrait cesser de « confondre “networking” et “not working” » !

 

2/ Elles en ont une vision largement négative

Elles s’imaginent qu’il s’agit d’instrumentaliser les autres, voire de les manipuler pour faire avancer ses intérêts. Pour les femmes, souvent élevées dans l’idée qu’il faut la « jouer collectif », l’idée du réseautage professionnel représente quelque chose de transgressif et de vil. Il faut dire que certains médias qui aiment titrer sur les « réseaux secrets » du pays entretiennent cette confusion délétère entre réseautage et népotisme. Les plus introverties d’entre nous ont tendance à considérer les échanges dans le cadre d’un événement de networking comme « faux » ou ennuyeux. Beaucoup préfèrent donc se retrouver entre ami(e)s ou en famille dans un cadre « sincère » et détendu. Il s’agit donc de comprendre que le bon réseautage s’accompagne d’une forme d’altruisme : la meilleure question à se poser est « que puis-je donner et comment puis-je aider ? »

 

3/ De nombreux réseaux, surtout ceux qui concentrent le pouvoir, restent dominés par les hommes et ne font pas toujours la place pour les femmes.

Elles sont nombreuses à se plaindre de n’y être pas suffisamment prises au sérieux, souffrent du mansplaining ou de la confusion des genres quand on s’intéresse à elles pour autre chose que leur talent professionnel. Parfois, les réseaux leur sont franchement hostiles. C’est le cas des “boys clubs” qu’analyse si bien l’écrivaine canadienne Martine Delvaux dans un livre passionnant (voir l’encadré plus bas). Comme le disait déjà Pierre Bourdieu dans La domination masculine, « la virilité (…) est une notion éminemment relationnelle, construite devant et pour les autres hommes, contre la féminité, dans une sorte de peur du féminin et d’abord en soi-même. »

La solution est-elle de concentrer son réseautage sur les réseaux féminins ? Ils sont précieux mais il leur manque parfois l’accès aux plus hautes sphères du pouvoir que confèrent les boys clubs…

 

6 idées pour faire avancer son réseau en dépit des freins

1/ Développer ses relations, c’est ce qui apporte le plus de valeur au travail. Il s’agit d’empathie, d’entraide, de « care » (soin) et de générosité, des valeurs stéréotypiquement « féminines » ! Cela ne consiste pas uniquement à faire avancer ses propres intérêts mais à créer de la valeur avec et pour autrui.

2/ Un réseau solide commence avec les personnes qu’on apprécie vraiment. C’est pour cela que la porosité est plus grande qu’on ne pense entre les réseaux privés et professionnels. Rien ne dit qu’il faut forcément se « farcir » des personnes toxiques ou désagréables pour avancer !

3/ C’est quand on est authentique qu’on est meilleure. N’oublions pas qu’il n’existe pas une seule manière de s’y prendre. Les grands événements et « messes » ne sont pas toujours un passage obligé. Certaines d’entre nous sont plus efficaces en petit comité et avec de l’affect.

4/ Les réseaux féminins changent la nature même du travail que nous faisons. Ils créent « cet espace où les frontières professionnelles sont adoucies par la personnalité » (ce sont les jolis mots d’une journaliste de Fortune).

5/ Depuis quelques années, il existe de formidables réseaux de femmes. Il y en a forcément un qui vous ressemble et où vous vous sentirez vous-même. Cela peut être une bonne manière de se mettre en confiance.

6/ Il faudrait cesser d’opposer le virtuel au réel. Ce qui se passe en ligne n’est pas moins légitime ou réel. Les échanges en ligne nourrissent les relations professionnelles hors ligne (et inversement). Aucune raison donc de s’obliger à boire des verres dans un bar parce que ça serait forcément « mieux » !

 

Laetitia Vitaud

Après avoir enseigné pendant dix ans la culture anglaise et américaine, Laetitia s’intéresse aujourd’hui à l’avenir du travail. Elle fait partie des experts de l’Institut Montaigne et est l’autrice de plusieurs ouvrages sur le sujet, dont notamment Du labeur à l’ouvrage aux éditions Calmann Lévy, dans lequel elle analyse les évolutions dont le travail fait l’objet à l’ère numérique. Par ailleurs, elle est Experte du Lab du média RH Welcome to the Jungle, co-fondatrice avec son compagnon Nicolas Colin de Nouveau Départ, un média “ qui explore la crise et les transitions ”. Elle est également l’autrice d’une newsletter sur l’avenir du travail avec une perspective féministe, Laetitia@Work.

Pour ViveS, Laetitia forme un duo de choc avec Valérie Lion, pour questionner et décrypter la place des femmes dans le monde du travail et l’économie.

 

Nous remercions chaleureusement notre amie Edith Lassiat qui nous a partagé cet article de ViveS

Au moins nous au CGBB, on ne peut pas nous reprocher de ne pas donner de place aux femmes 😉

 

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