Il ne faut pas confondre bienveillance et complaisance

Bienveillance et complaisance : deux mots que tout oppose

Non, non et NON ! « Il ne faut pas confondre bienveillance et complaisance. »

Cette phrase me tient particulièrement à cœur.

Elle peut sembler évidente au premier abord. Pourtant, plus j’avance dans la vie, plus je constate que cette confusion est omniprésente.

Il m’arrive régulièrement d’entendre des personnes justifier leur silence, leur absence de réaction ou leur refus d’aborder un sujet délicat au nom de la bienveillance.

Et, très honnêtement, cela me dérange profondément.

Il y a encore quelques jours, j’ai vécu une situation qui m’a rappelé à quel point cette confusion pouvait être destructrice.

J’ai vu une personne ne pas accepter que je lui dise ce que je pensais profondément.

J’ai vu des personnes se taire alors qu’elles savaient.

J’ai vu d’autres laisser quelqu’un s’enfoncer dans une erreur sans rien dire.

Pourquoi ?

Parce qu’il était plus simple de ne pas faire de vagues.

Parce qu’il était plus confortable de préserver une relation en apparence paisible plutôt que d’assumer une discussion difficile.

Mais ce n’est pas cela, la bienveillance.

Pour moi, la bienveillance n’a jamais consisté à laisser quelqu’un aller dans le mur en lui souhaitant bonne route.

La bienveillance est une main tendue, la complaisance est parfois un abandon déguisé.

Et la différence entre les deux est immense.

Une époque qui confond souvent gentillesse et bienveillance

Nous vivons dans une société où l’on veut éviter le conflit à tout prix.

Il faudrait toujours être positif, toujours encourager, toujours applaudir, toujours rassurer.

À force de vouloir être agréables, nous oublions parfois d’être utiles.

Nous avons peur de blesser, peur d’être mal compris, peur de perdre une relation, peur d’être jugés.

Alors nous nous taisons, nous faisons semblant de ne pas voir, nous préférons repousser une conversation difficile.

Sur le moment, cela paraît plus simple mais avec le temps, les conséquences deviennent souvent bien plus lourdes.

Parce qu’un problème que l’on refuse de regarder en face ne disparaît pas, il grandit, il se renforce et il finit souvent par exploser.

Dire ce que l’autre a envie d’entendre n’est pas toujours lui rendre service

Combien de fois avons-nous entendu cette phrase : “Je n’ai rien dit pour ne pas lui faire de peine.”

L’intention est souvent sincère mais est-elle vraiment bénéfique ?

Imaginons un ami qui prend une mauvaise décision, un collaborateur qui adopte un comportement qui finira par lui porter préjudice, un proche qui s’isole progressivement.

Si nous voyons le danger et que nous choisissons malgré tout de ne rien dire…

Sommes-nous réellement bienveillants ?

Je ne le crois pas.

Parce que parfois, la personne qui nous dira une vérité inconfortable est précisément celle qui nous évitera une erreur beaucoup plus douloureuse.

Nous avons tous besoin, dans notre vie, de personnes capables de nous dire : “Je pense que tu te trompes.”

Pas pour nous rabaisser, pas pour montrer qu’elles ont raison mais parce qu’elles souhaitent sincèrement notre réussite.

La différence est fondamentale.

La vérité peut être inconfortable… mais elle est souvent libératrice

Je préfère mille fois une personne qui ose me dire quelque chose de difficile avec respect qu’une personne qui me sourit tout en pensant exactement l’inverse.

La première me permet de progresser, la seconde me laisse dans l’illusion.

Bien sûr, la manière de dire les choses est essentielle.

On peut exprimer un désaccord sans humilier, on peut corriger sans mépriser, on peut poser une limite sans manquer de respect.

C’est même là que réside toute l’intelligence relationnelle.

La vérité n’a pas besoin d’être brutale pour être entendue mais elle ne doit pas disparaître sous prétexte de préserver un confort immédiat.

Pourquoi la complaisance est-elle si séduisante ?

Parce qu’elle est facile, elle évite les discussions compliquées, elle évite les tensions, elle donne l’impression que tout va bien.

Pendant un temps seulement…

Mais la complaisance fonctionne comme une fuite d’eau derrière un mur.

Au début, rien ne se voit puis les dégâts apparaissent.

Et lorsqu’ils deviennent visibles, il est souvent beaucoup plus difficile d’y remédier.

  • Dans les entreprises, combien de managers n’osent pas faire un retour constructif à leurs équipes ?
  • Dans les familles, combien de sujets sont évités pendant des années ?
  • Dans les couples, combien de frustrations s’accumulent faute d’avoir été exprimées ?
  • Dans les associations ou les clubs, combien de conflits auraient pu être évités si chacun avait osé parler plus tôt ?

La complaisance apaise aujourd’hui, elle complique toujours un jour ou l’autre !

La bienveillance demande du courage

On présente souvent la bienveillance comme une qualité douce.

Je pense au contraire qu’elle demande énormément de courage.

Le courage de dire non, le courage de poser un cadre, le courage d’exprimer un désaccord, le courage d’assumer une décision impopulaire, le courage d’accepter que tout le monde ne soit pas d’accord avec nous.

Ce courage est d’autant plus difficile qu’il ne procure pas de satisfaction immédiate.

Parfois, celui à qui nous disons une vérité nous en voudra, parfois, il ne comprendra que plusieurs mois plus tard.

Mais si notre intention est sincère et respectueuse, alors nous avons simplement fait ce que nous pensions être juste.

L’exigence est une forme de respect

J’entends parfois dire que l’exigence serait incompatible avec la bienveillance.

Je pense exactement l’inverse.

Lorsque nous croyons en quelqu’un, nous sommes naturellement exigeants avec lui. D’ailleurs j’aime beaucoup cette phrase qui dit : Un ami c’est quelqu’un que nous connaissons vraiment bien et que nous aimons quand même.

Parce que nous savons qu’il est capable de davantage.

À l’inverse, renoncer à toute exigence revient parfois à envoyer un message terrible : “Je ne crois plus en toi.”

Les meilleurs enseignants sont exigeants, les meilleurs entraîneurs aussi, les meilleurs mentors également.

Non pas parce qu’ils aiment la difficulté mais parce qu’ils voient un potentiel que la personne ne voit pas encore elle-même.

Être exigeant avec respect, c’est parfois la plus belle preuve de confiance que l’on puisse offrir.

Au CGBB, la bienveillance n’a jamais été synonyme de Bisounours

Depuis la création du CGBB, il y a maintenant huit ans, une chose est restée inchangée.

Notre ambition n’a jamais été de créer un univers où tout le monde serait toujours d’accord, ce serait impossible et ce serait même profondément ennuyeux.

Nous avons fait un autre choix, j’ai fait un choix !

Créer un lieu où chacun peut être lui-même, où chacun peut être accueilli avec respect, où chacun peut rencontrer des personnes très différentes de lui.

  • Des entrepreneurs.
  • Des salariés.
  • Des artistes.
  • Des fonctionnaires.
  • Des étudiants.
  • Des retraités.
  • Des personnes de toutes générations.
  • De toutes sensibilités.
  • De tous horizons.

Mais cette diversité n’a de valeur que si chacun accepte de dialoguer sincèrement.

La bienveillance ne consiste pas à éviter les désaccords, elle consiste à permettre qu’ils s’expriment dans le respect.

C’est précisément ce qui fait grandir une communauté.

La diversité ne nous demande pas d’être d’accord

On parle énormément de diversité mais la diversité ne consiste pas simplement à réunir des profils différents dans une même pièce.

La vraie diversité commence lorsque ces personnes acceptent de se parler, d’écouter des idées qui les dérangent, de remettre en question leurs certitudes, de reconnaître qu’elles peuvent apprendre de quelqu’un qui ne leur ressemble pas.

Si chacun repart avec exactement les mêmes convictions qu’en arrivant, alors la rencontre aura probablement été agréable mais elle n’aura peut-être pas été très enrichissante.

À l’inverse, lorsqu’une discussion nous oblige à réfléchir autrement, même si elle nous bouscule un peu, elle nous fait souvent grandir.

C’est aussi cela, la bienveillance : Accepter que l’autre puisse nous faire évoluer.

La sincérité est un cadeau

Nous vivons dans une époque où il est facile de recevoir des compliments.

Beaucoup plus difficile de recevoir une critique constructive.

Et pourtant…

Les personnes qui ont le plus contribué à mon évolution ne sont pas celles qui m’ont systématiquement félicité, ce sont celles qui ont eu le courage de me dire : “Là, tu peux faire mieux.”, “Je pense que tu fais fausse route.”, “Attention, tu es en train de perdre de vue ce qui est important.”

Sur le moment, cela pique parfois un peu mais avec le recul, ce sont souvent les paroles dont je suis le plus reconnaissant.

Parce qu’elles étaient sincères, parce qu’elles étaient désintéressées, parce qu’elles étaient prononcées avec bienveillance.

Et si la bienveillance était, finalement, une preuve d’amour ?

Je crois profondément que nous corrigeons rarement quelqu’un qui nous est indifférent.

Nous prenons le temps de parler à ceux qui comptent, nous faisons l’effort d’avoir une conversation difficile parce que nous souhaitons préserver une relation, pas la détruire.

La facilité serait de ne rien dire.

La bienveillance, elle, choisit parfois le chemin le plus exigeant, celui du dialogue, celui de l’honnêteté, celui du respect.

Pour conclure je dirais

La bienveillance n’est pas l’absence de conflit, elle n’est pas l’art de faire plaisir à tout le monde, elle n’est pas une succession de compliments destinés à éviter les tensions.

La véritable bienveillance est bien plus exigeante que cela.

Elle consiste à vouloir sincèrement le bien de l’autre même lorsque cela suppose une discussion délicate, même lorsque cela demande du courage, même lorsque cela nous oblige, nous aussi, à nous remettre en question.

Ne confondons jamais bienveillance et complaisance !

Parce qu’une parole sincère, prononcée avec respect, peut parfois changer une vie.

Alors qu’un silence confortable peut, lui, laisser quelqu’un s’éloigner de son potentiel sans jamais s’en rendre compte.

Et si je devais résumer ma conviction en une seule phrase, ce serait celle-ci : La complaisance cherche à préserver le présent, la bienveillance cherche à construire l’avenir.

Alexandre FAVRE, Président Fondateur du Cercle des Gens Bien & Bienveillants

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